Le flamenco (cante flamenco) est un genre musical et une danse créé par le peuple gitan et andalou , sur la base d’un folklore populaire issu des diverses cultures qui s’épanouirent au long des siècles en Espagne.

Le flamenco étant une musique traditionnelle de transmission orale, elle ne fait l’objet d’une notation musicale systématique que depuis peu de temps. La complexité de la guitare, et le caractère particulier des rythmes tout à fait différents de ceux de la musique occidentale rendent par ailleurs cette notation difficile et celle-ci ne paraît pas encore complètement fixée. Il convient donc d’être très prudent quant aux origines supposées du flamenco qui pourraient être plus anciennes que ce que les documents dont nous disposons permettent de connaître de façon certaine.

 

On peut supposer qu’à l’origine, le flamenco consistait en un simple chant (cante) a cappella dont le premier genre fut la toná, établie dans le triangle formé par Triana, Jerez et Cadix. Puis, sont apparus les claquements des mains (palmas), la danse (el baile) et la guitare flamenca (toque). La danse et la guitare s’expriment désormais souvent seules, bien que le chant soit toujours considéré comme le cœur de la tradition. Plus récemment, des instruments comme le cajón (un instrument de percussion provenant du Pérou), les palillos (castagnettes), et la guitare basse, ont été introduits dans le milieu.
Étymologie
Définir quelle est la provenance exacte du terme « flamenco » n’est pas chose aisée. Il existe de nombreuses théories concernant la genèse de ce vocable.

Blas Infante dans son livre Origines du flamenco défendait l’hypothèse que le mot « flamenco » dérivait des termes arabes felah-enkum, qui associés signifient « paysan errant ». Il reprenait une terminologie déjà proposée à partir du mot fallah, et déclinée aussi en felahikum ou felagmenku. Cependant les flamencologues ont rejeté cette thèse, remarquant que le mot flamenco n’est apparu qu’au XIXe siècle à une époque où l’influence arabe sur la langue espagnole avait disparu.

De nombreux adeptes connaissent également la curieuse théorie affirmant que le flamenco était le nom d’un couteau ou d’un poignard. C’est la raison pour laquelle, dans la saynète El Soldado Fanfarrón, écrite par González del Castillo au XVIIIe siècle, on peut lire: El melitar, que sacó para mi esposo, un flamenco («Le militaire, qui sortit pour mon époux, un flamenco»). Dans une autre copla (chanson) reprise par Rodríguez Marín, il dit : Si me s’ajuma er pescao (« Si le poisson brûle) / y desenvaino er flamenco (« et si je sors mon flamenco) / con cuarenta puñalás (« avec 40 coups de poignard) / se iba a rematar el cuento (« allait se terminer l’histoire »). Cependant, cette hypothèse ne s’est jamais faite une place, de même que l’hypothèse selon laquelle le nom avait été donné au genre pour l’oiseau appelé flamenco (Flamant). L’autorité de ce précepte est également due à Rodríguez Marín. Il justifia sa position en argumentant que les chanteurs interprétaient le chant avec une veste courte, qu’ils étaient grands et brisés à la taille. C’était la raison majeure pour laquelle ils ressemblaient à l’échassier du même nom.

De même que les précédentes, la théorie dirigée par des experts tels que Hipólito Rossy ou Carlos Almendro dans laquelle on affirme que nous devons le mot flamenco à la musique polyphonique de l’Espagne au XVIe siècle qui s’est accentuée avec les Pays-Bas, c’est-à-dire, avec les anciennes Flandres, n’a toujours pas été vérifiée. Cette théorie fut également défendue, bien que nuancée, par le voyageur romantique George Borrow et par Hugo Schuchard, entre autres. Selon ces écrivains-là, on croyait dans le passé, que les Gitans étaient d’origine germanique. Cela explique ce pourquoi ils auraient pu être appelés Flamencos.

Enfin, il existe deux hypothèses moins engagées, mais assez intéressantes. Antonio Machado et Álvarez, Demófilo, disent que “les Gitans appellent les Andalous gachós et que ceux-ci appellent les Gitans flamencos, sans que nous sachions la cause de cette dénomination”. Et Manuel García Matos affirme : « Flamenco provient de l’argot employé à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle pour cataloguer tout ce qui signifie ostentatoire, prétentieux ou fanfaron ou, comme nous pourrions le déterminer d’une façon très andalouse, echao p’alante (“débrouillard”) ». Pour ce même auteur, ce serait un mot germanique qui signifierait « flamboyant », « ardent ».

 Historique
 Influences Le flamenco, selon certains auteurs, trouverait son origine dans trois cultures : musulmane, juive et andalouse chrétienne. L’origine arabo-musulmane n’est cependant pas démontrée, et peut être contestée. Les conquérants arabes almohades préconisaient en effet l’orthodoxie religieuse sans complaisance lyrique, ils n’ont pas emporté avec eux l’art du flamenco. La véritable origine de cette musique doit être recherchée dans l’ethnologie du peuple qui l’a conservée et transmise, c’est à dire le peuple Gitan. Les Gitans, originaires de l’Inde, ont conservé de larges franges de leur culture d’origine, à savoir la langue (le Calé et la musique). Une étude comparative de la danse indienne (Barathanatiam, Mudras) et la danse flamenca (par exemple Carmen Amaya) permet de dégager des similitudes exactes. Exégètes, musicologues, chercheurs, s’accordent à penser aujourd’hui que Triana (quartier de Séville), est le berceau du flamenco. C’est en effet dans cette ville que poètes et musiciens trouvèrent refuge vers le XVIe siècle. D’autres sources, telle la bibliothèque de Séville, fait remonter la venue de troubadours « réfugiés » en raison de persécutions au XIIIe siècle.

Il est souvent dit que le flamenco est né des Gitans. Ce qui, comme le souligne Michel Dieuzaide n’est pas tout à fait exact, et de nuancer : « Le flamenco ne se confond pas avec les Gitans, il s’en faut ; les payos (ou gadgés pour les Roms), y jouent un rôle important, mais les Gitans lui donnent son style ». Certains historiens considèrent que les Gitans par nomadisme, ont fortement contribué à la diffusion du flamenco en arrivant en Espagne, au début du XVe siècle. Ils ne furent pas seulement les diffuseurs de cet art, mais les importateurs de la sémantique flamenca, dont la source est indienne, aussi bien pour la danse que la musique.

Selon certains musicologues, les Gitans intégrèrent les diverses sonorités musulmanes, telles que nous pouvons encore les entendre de nos jours, avec el Hadj Abdelkrim Raïs 1, tout en en modifiant le rythme. Mais il se pourrait que le mimétisme ait opéré en sens contraire, et que le flamenco devenu populaire en Espagne, ait ete influencé par la culture arabe qui en a reproduit les intonations. Il est en effet connu (Ibn Khaldun) que le monde arabe a exercé une vive influence en Espagne, à la fois par ses auteurs, penseurs et musiciens. Les meilleurs locuteurs arabophones au XVIeme siècle étaient, du moins l’affirme l’historien Ibn’ Khaldun, les andalous. Ainsi, c’est en Espagne que le monde musulman ait eu ses meilleurs philosophes et penseurs. La musique flamenca, produit typique de la terre d’Espagne, exerça son influence en terre d’Islam lors des exils (décret d’Alhambra en 1610). Il convient donc légitiment de s’interroger : qui influence qui dans l’éléboration d’un art et ne point passer sous silence l’influence indienne directe qui conditionne la culture Gitane. Les Gitans s’inspirent également des cantiques liturgiques chrétiens mozarabes, ou « rites mozarabes », dont la présence est attestée dès le début du IXe siècle. Ces liturgies seront remplacées (pour ne pas dire interdites) vers le début du XIe siècle par les papes qui se succéderont, ainsi que par les rois de Castille et d’Aragon. Elles seront de nouveau autorisées au XVIe siècle par l’évêque Cisneros de la cathédrale de Tolède, qui voit là une bonne façon de ramener au bercail les « Infidèles ». Le Mozarabe apparaît pleinement dans la poésie des troubadours appelée « muwachchaha », terme que l’on retrouve déformé dans la langue Rom sous la forme « muvaachaha ».

Enfin, la profonde sensibilité musicale des Gitans, puise également dans la douceur, l’exil et la tristesse des berceuses des mères juives.

 Proto-flamenco
Il est très difficile de déterminer avant le XVIIIe siècle, comment était représenté l’« ancêtre » du flamenco. Des pièces de musique du XVIe (nées vers 930-960) et ayant circulé dans le sud de l’Europe, Corse, Andalousie, et dans les pays Catalans, tels les « Cant de la sibilla » – tout en étant d’ailleurs interdits par l’Église – peuvent nous donner une idée des sonorités arabo-andalouse, qui composaient les voix et la couleur sonore des instruments de cette époque.

À côté des instruments traditionnels utilisés, un seul d’entre eux semble ne pas avoir changé. Il s’agit du « rabâb », ancienne vièle à deux cordes en boyau de mouton, dont on tire les sons avec un archet en crin de cheval. Le son mélodieux de cet instrument peut, sans autres précisions, d’après le musicologue Garcia Matos, avoir été utilisé pour accompagner ceux que nous pouvons nommer les « premiers » Cantaores. Il semblerait que la mandoline ait pu être utilisée, mais ce, sans autre forme de précision notable, si ce n’est quelques très vieilles photos datées des années 1900.

 Reconnaissance
À la fin du XVIIe début du XVIIIe, le flamenco commence à être reconnu et revendiqué par les exclus et les déshérités. Le chant seul, comme dans la tonà servait à dissimuler des remarques et critiques d’ordre politique. Ce n’est qu’au milieu du XVIIIe et au XIXe siècle, que ce dernier commencera à être reconnu, et à avoir un rôle social et culturel, qui s’exprimera d’abord dans les lieux de travail, entre amis, ou dans les réunions familiales. Il est parfois écrit que le flamenco fut popularisé à la fin du XVIIIe siècle à Jerez-de-la-Frontera en Andalousie, par Tio Luis el de la Juliana. C’est en transportant de l’eau depuis la source des Albarizones jusqu’à Jerez que le cantaor créait ses chants. Son nom a créé de nombreux conflits entre les flamencologues d’antan, car sa biographie n’a jamais pu faire l’objet d’un consensus. Aujourd’hui, cette discussion n’a plus la même importance car il est toujours impossible de démontrer le fait même qu’il ait existé. C’est à Triana, que s’ouvriront les premiers tablaos, ancêtres des cafés-concerts. Mais le succès du flamenco à aussi son revers. Il perdra dans les années 1920, jusqu’à environ 1950 – date de son renouveau – son âme. Mêlé à un pseudo folklore de « bas étage », il ne servira qu’à plaire à un public toujours plus nombreux, en recherche de trivialités.

Il faudra attendre les années 1950, afin que soit entrepris un travail important pour faire découvrir aux amateurs, les plus belles et vibrantes pages du flamenco passé, notamment par la première grande anthologie du flamenco éditée par Ducretet-Thomson qui obtint le prix Charles-Cros en 1956. Mario Bois, propose en 1985 à « Chant du Monde » de créer une anthologie. Les archives discographiques des plus grands interprètes couvrent une vingtaine de volumes. Pour ce dernier, le travail a été très difficile : « Comment trouver cette musique dans le labyrinthe de l’édition ? On peut dire que 80 % de ce que l’entend est médiocre, 15 % est de « bonne volonté », mais le reste, rarissime, est d’une force, d’une flamboyance fascinantes ».

 Aujourd’hui
Article détaillé : Nouveau flamenco.De nos jours, pour ce qui est de l’enseignement, des écoles prestigieuses, des académies – Jerez, Séville, Grenade entre autres – offrent à cette musique exceptionnelle, la place qui est enfin la sienne. Ce qui fait dire à Sophie Galland, in Le Courrier no 66, de janvier 1993 : « Il renferme aussi et surtout les trois mémoires de l’Andalousie, mêlées de façon inextricable : la musulmane, savante et raffinée ; la juive, pathétique et tendre ; la gitane enfin, rythmique et populaire ».

Il faut aussi savoir que le flamenco peut être pratiqué dans les terrasses de café ou bar espagnol (Illa d’or, puerto Pollensa). Il existe aussi de nombreuses initiations pour enfants, ce qui n’existait pas auparavant, cela étant plus ou moins réservé aux adultes en tant que danse de l’amour. Appelé ainsi suite au mouvement collé et a la vivacité des gestes effectués.

Une évolution de la musique flamenca, mené par la génération héritière de la révolution espagnole créé le flamenco nuevo (littéralement nouveau Flamenco) initié par Paco de Lucía et Camarón de la Isla. Mélangeant le flamenco traditionnel à des courants musicaux des XXème et XXIème siècles tels que la rumba, la musique pop, le rock, le jazz ou encore les musiques électroniques, il est une nouvelle étape dans le processus d’universalisation que vit le flamenco depuis le début des années 1970.
Formes du flamenco
Le cante flamenco consiste en un certain nombre de formes traditionnelles (et d’autres plus modernes), ayant des structures rythmiques et harmoniques différentes. Le rythme (compás) est sans doute la caractéristique la plus importante pour distinguer les différentes formes du flamenco. Les pièces sont composées de plusieurs « phrases » ou falsetas dont la sensation intense, rythmique est définie par la forme principale du morceau accompagné de la guitare flamenca.

Certaines formes sont chantées sans accompagnement, alors que d’autres utilisent une guitare, voire un autre accompagnement. Certaines formes ne s’expriment que par la danse. En outre certaines danses ou chants sont traditionnellement le privilège des hommes, et d’autres sont réservés aux femmes. Cependant de nombreux aspects traditionnels perdent de leur rigidité. La farruca par exemple, traditionnellement une danse masculine, est aujourd’hui également pratiquée par les femmes.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Flamenco

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